Avant d'être une formule commerciale, une structure d'édition ou de distribution, les Clubs de livres sont avant tout des clubs ; des cercles de personnes, regroupés par un intérêt commun – ici, le livre. Regroupant des « bibliophiles conservateurs », des « lecteurs progressistes », des avides de « lectures divertissantes » ou de classiques, des ouvriers et des « cadres supérieurs », des citadins, des ruraux, etc. autour d'une « société commune », ces Clubs vont créer et entretenir un véritable engouement pour cet objet en redéfinition qu'est le livre.
Autour des Clubs emblématiques, qui ont su renouveler les formes du livre, gravitait un ensemble d’autres structures qui ont tenté, par la captation de lectorats spécifiques, de s’inscrire dans le succès de ce phénomène culturel. En exploitant une esthétique mal définie mais déjà bien identifiée, le Club de la Femme cherchera à s’inscrire dans cet ecosystème au travers d’ouvrages destinés à un lectorat « féminin » qu’il finira – par ses modalités d’adresse – par inventer.
Une déambulation d’un « bibliocueilleur » partant à la recherche des ouvrages Clubs dans leurs nouveaux espaces de circulation ; librairies d’occasions et autres boîtes à livres. En étudiant les multiples vies vécues par ces objets depuis la fin de ce phénomène, Alex Balgiu propose une histoire écrite par les traces laissées au détour des pages et des rencontres que leur découverte provoque.
Une jeune graphiste, formée par la fréquentation silencieuse des livres de Clubs, rend visite à Etienne Robial — graphiste et collectionneur de la quasi-totalité des ouvrages archivés sur Club Collecte. De cette conversation, menée dans l’atelier de Robial entouré de sa collection, Coline Houot tire un dialogue entre générations de graphistes sur la manière dont les formes – notamment éditoriales – sont toujours héritées.
Directeur artistique du Club Français du Livre de 1957 à 1970, Jacques Daniel demeure une figure méconnue, éclipsée par ses contemporains Pierre Faucheux et Robert Massin. À travers l’analyse de quelques-unes de ses maquettes emblématiques — des Chansons de Bilitis au dictionnaire Littré, en passant par La Boîte à pêche de Genevoix — Thomas Huot-Marchand retrace les lignes de force d'un travail d'une grande finesse, où rigueur de la grille et inventivité graphique se mettent, avec discrétion, au service du texte.
Jeanine Fricker et Odette Ducarre ont considérablement contribué, par l'inventivité de leur production, à la diversité des formes éditoriales qui caractérise les livres de Clubs. Thierry Chancogne restitue à ces deux maquettistes la place que l'histoire de ce phénomène a trop souvent minimisée, et interroge, à travers leur usage singulier de la typographie, de la couleur et de l'image, ce qui, dans les stéréotypes visuels des Clubs, se trouve aussi assigné au genre.
Une marque de fabrique de cette « esthétique Club », si difficile à définir, tient peut-être à ces innombrables images employées et détournées de livre en livre, aussi bien en couverture que dans les pages intérieures. Mises en regard d'un texte, ces images produisent un discours que les maquettistes ont su manipuler avec inventivité. Mais d'où proviennent-elles ? Et que révèlent-elles du rapport qu'entretenaient les maquettistes avec l’histoire des formes éditoriales et typographiques qu'iels s'attachaient, par leurs productions, à renouveler ?

