En explorant longuement le foisonnant catalogue Club Collecte, nos regards s’arrêtent sur la couverture jaune des Aventures du roi Pausole, habillée, de part et d’autre, d’une lune et d’un soleil anthropomorphes. Deux petites gravures qui nous sont familières, puisque nous les avions déjà croisées quelques années auparavant entre les pages de L’Ymagier L’Ymagier est une revue d’art et de littérature fondée en 1894 par Alfred Jarry et Remy de Gourmont et qui publia huit numéros jusqu’en 1896. Elle présentait, sans distinction, d’anciennes estampes (de vieux bois gravés de la Bibliothèque Bleue, des eaux-fortes d’Albrecht Dürer) comme des créations contemporaines d’artistes tels que Paul Gauguin, Émile Bernard, Henri Rousseau, ou encore de grandes images d’Epinal montées sur onglet. Chaque publication s’apparentait à une collection de gravures organisée par thèmes (“les monstres”, “les chevaliers”, “les saints”) et agrémentée de quelques textes. Lien , revue d’art fondée par Alfred Jarry et Rémy de Gourmont en 1894. Nous les savons initialement imprimées dans un almanach, avant d’être utilisées dans des ouvrages de colportage au XVIIe siècle. Ces astres malicieux n’en sont donc pas à leur première apparition !

Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Double page de L'Ymagier présentant une gravure de soleil et de lune à visages humains
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894

Cette découverte, heureuse et hasardeuse, devient alors le fer de lance d’une recherche autour des multiples strates de publications, d’apparitions et d’impressions de la matière iconographique au sein des livres de Clubs. Une enquête qui, rapidement, se précise autour des gravures des XVe et XVIe siècles, présentes en nombre dans les ouvrages mis en forme par Jeanine Fricker, Robert Massin, Jacques Darche ou encore Pierre Faucheux. L’intérêt des maquettistes pour ces anciennes estampes populaires retient notre attention de designeuses graphiques, sensibles à ces images fascinantes.

La suite de cet article relate le fil de nos discussions (parfois digressives) et tente de faire état de nos découvertes.

La conversation débute autour de l’ouvrage Le Hussard sur le toit de Jean Giono, mis en page en 1956 par Robert Massin pour le Club du Meilleur Livre.

ZL

Sortons le livre de la bibliothèque : sa couverture est simple, seul un sabre de hussard habille la toile de reliure. En ouvrant le livre, le sabre se mue en une imposante flèche, cette fois-ci brandie par un squelette chevauchant un destrier hors d’haleine. L’image, une vieille gravure au trait épais et naïf, occupe entièrement la deuxième de couverture et la page de garde.

MLH

Également répétée en symétrie à la fin de l’ouvrage, elle enveloppe le roman de Giono qui relate les aventures d’Angelo Pardi, jeune colonel traversant une Provence alors en pleine épidémie de choléra.

Un sabre pour le Hussard, la mort galopante pour la maladie dévastatrice : les différents éléments qui composent l’image évoquent, par synecdoque, ceux qui façonnent l’intrigue.

ZL

À ce propos, j’ai découvert une adaptation radiophonique du roman, enregistrée en 1953. Sur l’archive, la voix chantante de Jean Giono annonce « Le Hussard est une histoire qui commence au pas d’un cheval et marche ensuite au galop » [En ligne] Lien . Massin met en page l’ouvrage trois ans après la diffusion de l’émission, peut-être avait-il entendu l’auteur et décidé de transposer ses mots en images…

MLH

C’est une hypothèse en effet. Mais pour mieux décrypter les choix de Massin, il me semblerait intéressant que l’on regarde de plus près l’histoire de cette gravure. D’où vient-elle ? Quelle(s) vies a-t-elle pû mener avant d’habiller la couverture du Hussard sur le toit ?

ZL

Elle est extraite d’une danse macabre, un thème très fréquent à la fin du Moyen Âge et qui souligne la vanité des distinctions sociales, puisque la mort fauche aussi bien l’empereur que le paysan.

Les danses macabres se présentent toujours sous la forme d’une suite de scènes illustrant chaque strate de la population. Main dans la main et en dansant, hommes, femmes et figures squelettiques forment une grande farandole.

En m’interrogeant sur cette Mort à cheval et en examinant ses apparitions, je me rends compte qu’il en existe une multitude de formes. L’image est tantôt gravée avec quelques différences stylistiques, tantôt réimprimée à l’identique.

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La danse macabre des femmes, Paris, Guyot Marchant, 1491
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La grant danse macabre des hommes et des femmes historiee et augmentee de beaulx dis en latin…, Lyon, Claude Nourry, 1501
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La grant danse macabre des hommes et des femmes en vers hystoriee et augmentee de beaulx ditz en latin Le debat du corps et de lame. la complaincte de lame damnee. exhortation de bien vivre et bien mourir. La vie du mauvais antechrist. Les quinze signes. Le jugement, Troyes, Nicolas Le Rouge, 1531

La gravure présente au début du roman de Giono est apparue dans un ouvrage populaire du XVe siècle aujourd’hui introuvable. Cette édition disparue a été rééditée en 1862 par la librairie Baillieu (Paris) : La grande danse macabre des hommes et des femmes, Paris, Librairie Baillieu, 1862 Lien. Un texte introductif à cet ouvrage met d’ailleurs en lumière le jeu des réédition successives : « Ayant acquis il y a plusieurs années les bois gravés de la DANSE MACABRE DE TROYES, nous en donnons une nouvelle édition conforme quant au texte à l’édition de 1486, dont l’édition de Jehan Lecocq, Troyes, 1539, était la copie et qui fut copiée à son tour par Garnier, de Troyes, en 1641. »

On la retrouve en 1850, lorsque Louis Varlot (antiquaire et éditeur) publie un recueil d’images intitulé Illustration de l’ancienne imprimerie Troyenne Illustration de l’ancienne imprimerie troyenne, Troyes, Varlot, 1850. Lien qui compile, sous forme de planches, nombre d’anciennes gravures. Au début de l’ouvrage et sur une vingtaine de pages, courent les images d’une danse macabre qui se termine par notre défunt chevalier.

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Illustration de l’ancienne imprimerie troyenne, Troyes, Varlot, 1850
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Illustration de l’ancienne imprimerie troyenne, Troyes, Varlot, 1850
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Illustration de l’ancienne imprimerie troyenne, Troyes, Varlot, 1850

Un deuxième opus voit le jour en 1859, il est précédé « d’une lettre du bibliophile Jacob » dans laquelle ce dernier assure que ce nouveau recueil « rencontrera le même empressement parmi les bibliophiles et les iconographes » Xylographie de l’imprimerie troyenne, Troyes, Varlot, 1859 Lien . Il est vrai que l’impressionnante collection que représentent les deux ouvrages réunis (781 gravures au total !) est une mine d’or pour quiconque s’intéresse aux images. J’imagine Alfred Jarry et Remy de Gourmont y dénichant certaines estampes insolites, monstres ou chevaliers, afin de les reproduire au sein de L’Ymagier. En effet, plusieurs gravures présentes dans leur revue figurent dans ces recueils. C’est le cas notamment des astres à visages humains évoqués précédemment, ainsi que d’autres images que l’on retrouve aussi dans certains livres de Clubs.

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Xylographie de l’imprimerie troyenne, Troyes, Varlot, 1859
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Xylographie de l’imprimerie troyenne, Troyes, Varlot, 1859
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Xylographie de l’imprimerie troyenne, Troyes, Varlot, 1859
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Xylographie de l’imprimerie troyenne, Troyes, Varlot, 1859
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Xylographie de l’imprimerie troyenne, Troyes, Varlot, 1859

Mais revenons au roman de Giono. En ouvrant Le Hussard sur le toit, force est de constater que l’image du chevalier a subi quelques modifications sous l’impulsion de Massin. Une grande partie de la gravure disparaît afin de ne garder que la figure centrale ; l’image s’est agrandie pour pouvoir occuper tout l’espace de la double page ; enfin, le choix d’une encre bleue dépoussière cette vieille estampe, et la révèle en harmonie avec la toile de couverture.

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Image extraite de La grande danse macabre des hommes et des femmes, Paris, Librairie Baillieu, 1862
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Jean Giono, Le Hussard sur le toit [1951], Paris, Club du Meilleur Livre, 1956

MLH

Finalement, associée au récit de Giono, la gravure se voit offrir une toute nouvelle interprétation, une lecture contextualisée, loin des danses macabres et autres rondes rythmées.

ZL

Oui, et en arpentant l’archive Club Collecte, d’autres représentations de ces danses funestes font surface. On retrouve, par exemple, une gravure Jean de Vauzelles, Les simulachres & historiees faces de la mort, autant elegamment pourtraictes, que artificiellement imaginées, Lyon, Librairie Soubs l’escu de Coloigne, 1538. Lien de Hans Holbein Le Jeune recouvrant la première de couverture de La Peste de Camus. Le livre est également mis en page par Massin un an avant le roman de Giono, les deux textes littéraires partageant de terribles maladies au caractère allégorique.

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Jean de Vauzelles, Les simulachres & historiees faces de la mort, autant elegamment pourtraictes, que artificiellement imaginées, Lyon, Librairie Soubs l'escu de Coloigne, 1538
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Albert Camus, La Peste [1947], Paris, Club du Meilleur Livre, 1955

MLH

Lorsque l’on explore le catalogue, j’ai alors l’impression que l’on retrouve un grand nombre de gravures liées, de près ou de loin, à la mort. Je ne sais pas si c’est parce qu’il s’agit d’une thématique très présente dans ce type d’images, ou s’il y a une volonté assumée de la part des maquettistes de jouer avec ce rapport au temps ?

ZL

Effectivement, la mort est présente sous plusieurs formes dans toutes ces gravures populaires du Moyen Âge, l’époque étant marquée par une forte présence de la religion qui souligne le caractère vain de la vie et donc sa finitude.

On peut par exemple la retrouver cachée sous les traits du Diable, comme dans les Œuvres de François Villon, mis en page par Jeanine Fricker en 1959 (qui réemploie ici une gravure du XVe siècle). Peter Drach, Der spiegel der menschen behaltnis mit den ewangelien vnd mit epistelen nach der zyt des iars, 1480. Lien

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Peter Drach, Der spiegel der menschen behaltnis mit den ewangelien vnd mit epistelen nach der zyt des iars,1480
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François Villon, Œuvres [XVIe siècle], Paris, Club du Meilleur Livre, 1959

MLH

Et c’est un leitmotiv qui se retrouve jusque dans le procédé même de la « republication iconographique ». Les maquettistes des livres de Clubs procèdent à une sorte d’exhumation des images : en les mettant de nouveau en scène, de nouveau en pages, ils redonnent vie à ces gravures anciennes. Peut-être pour qu’elles ne meurent jamais ? Ou plutôt pour qu’elles perdurent, toujours sous de nouvelles formes ?

ZL

Comme des images fantômes qui viendraient hanter les publications. Mais le rapport au temps va au-delà de cette analogie à la mort : il s’incarne de mille et une manières à travers les multiples facettes des livres.

MLH

Complètement. La question de la temporalité se manifeste dans le principe même du phénomène Clubs, qui propose une grande variété de textes, pour la plupart réédités. Cette notion de réédition implique un véritable déplacement : l’œuvre littéraire est extirpée du passé pour s’inscrire dans un nouveau présent, entraînant plusieurs types de transformations.

Pour les images, on observe un procédé assez similaire. Le rapport au temps y est aussi particulièrement visible et se manifeste sous différentes formes, qui le mettent en lumière ou le gomment volontairement.

Chaque image possède une histoire et une forme qui lui sont propres, et la réédition peut devenir l’occasion de rendre hommage à ces caractéristiques initiales. C’est ce que l’on observe dans la réédition des Œuvres complètes de Rabelais. Le Club Français du Livre choisit de reprendre fidèlement, au début de l’ouvrage, la forme et la composition du frontispice de l’édition originale François Rabelais, Les horribles et espoventables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel, roy des Dipsodes, filz du grand géant Gargantua…, Lyon, Claude Nourry, 1532. Lien de 1532.

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François Rabelais, Les horribles et espoventables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel, roy des Dipsodes, filz du grand géant Gargantua…, Lyon, Claude Nourry, 1532
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François Rabelais, Pantagruel [1532], Paris, Club du Meilleur Livre, 1962

ZL

Certains Clubs proposent même la réédition particulièrement fidèle de vieux volumes. C’est le cas des Histoires prodigieuses, maquettées par Jacques Daniel. L’ouvrage initialement traduit et compilé par Pierre Boaistuau en 1560, se compose de quarante-quatre récits décrivant monstres, plantes et astres, faits avérés ou fabuleux, animaux réels ou mythiques.

Le Club français du livre offre ici une réédition fidèle au recueil d’origine : la mise en forme (pagination, glose, composition des textes, illustrations, etc.) et l’orthographe sont conservées, seul le caractère typographique se modernise pour faciliter la lecture. Histoires prodigieuses les plus mémorables qui ayent esté observées depuis la nativité de Jésus-Christ jusques à nostre siècle : extraictes de plusieurs fameux autheurs grecz et latins, sacrez et prophanes / mises en nostre langue par P. Boaistuau…, Paris, Vincent Sertenas, Jean Longis, Robert Le Mangnier, 1560. Lien

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Éléments de mise en page des Histoires prodigieuses (Club Français du livre) faisant directement écho à l’édition de 1560
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Éléments de mise en page des Histoires prodigieuses (Club Français du livre) faisant directement écho à l’édition de 1560
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Éléments de mise en page des Histoires prodigieuses (Club Français du livre) faisant directement écho à l’édition de 1560
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Éléments de mise en page des Histoires prodigieuses (Club Français du livre) faisant directement écho à l’édition de 1560

MLH

Le choix de faire apparaître ce livre au catalogue du Club semble attester de l’attrait des éditeurs pour ces anciens ouvrages aux gravures étranges. Car si l’on regarde toutes ces images comme un ensemble, on s’aperçoit que les formes, les styles, les thématiques abordées se répètent. Tracés bruts, représentations géométriques, hachures simplifiées, personnages aux expressions démesurées et mises en scène étonnantes, composent cette iconographie, aux airs de ritournelle.

Au-delà des images, dont les traits séduisent vraisemblablement les maquettistes des Clubs, j’imagine qu’il y a un émerveillement plus général pour l’ensemble des qualités graphiques et typographiques de ces éditions d’antan (composition des textes, typographies humanes, lettrines, etc.).

Comme on l’a vu dans les Histoires prodigieuses, il y a parfois une véritable volonté de rendre hommage au bagage historique de l’objet. Et à l’inverse, dans certains titres, la chronologie des images peut être complètement aplanie, presque effacée, plongeant les différentes temporalités dans un vaste brouillard…

ZL

…qui parfois s’accompagne d’un entrelacs de styles et de techniques. C’est ce qui se dégage, selon moi, à la lecture de l’ouvrage Cette mer qui nous entoure de Rachel L. Carson, mis en page par Jeanine Fricker en 1954.

Dans cette édition poétique de vulgarisation scientifique, la maquettiste fait se côtoyer d’anciennes gravures et des photographies en noir et blanc. La plupart des estampes proviennent de L’Historia Animalium (1558), que l’on peut considérer comme la première encyclopédie zoologique de la Renaissance, établie par Conrad Gesner, médecin et naturaliste suisse.

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Gravures extraites de Historiæ Animalium reproduites dans Cette mer qui nous entoure (Club Français du Livre)
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Gravures extraites de Historiæ Animalium reproduites dans Cette mer qui nous entoure (Club Français du Livre)
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Gravures extraites de Historiæ Animalium reproduites dans Cette mer qui nous entoure (Club Français du Livre)
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Gravures extraites de Historiæ Animalium reproduites dans Cette mer qui nous entoure (Club Français du Livre)
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Gravures extraites de Historiæ Animalium reproduites dans Cette mer qui nous entoure (Club Français du Livre)
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Gravures extraites de Historiæ Animalium reproduites dans Cette mer qui nous entoure (Club Français du Livre)
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Gravures extraites de Historiæ Animalium reproduites dans Cette mer qui nous entoure (Club Français du Livre)

MLH

L’exemple que tu cites est intéressant car ici les gravures se parent d’une tout autre matérialité, et donc d’une nouvelle existence. L’impression de ces images sur du papier cristal coloré provoque des jeux de croisements et de superpositions. Les différentes gravures dialoguent avec le texte et les photographies, parasitent leur lecture, et s’entremêlent pour créer des sortes de créatures hybrides.

Elles occupent une place primordiale dans l’objet, influent sur son appréhension, et il est surprenant qu’elles ne soient pas sourcées (à l’inverse des photographies en noir et blanc également présentes dans le livre). Je me demande s’il s’agit d’une volonté de Jeanine Fricker, souhaitant peut-être ainsi occulter les différentes temporalités ?

ZL

Oui, possiblement. D’ailleurs, toutes ces gravures qui retiennent notre attention depuis le début sont rarement créditées et, quand c’est ponctuellement le cas, la mention reste vague. Dans les Métamorphoses d’Ovide, on peut par exemple lire sur la page de titre « illustré de bois gravés du seizième siècle ». Il faut alors investiguer pour retrouver une édition italienne de 1517 Ovide, Metamorphosis, Venise, Georgius de Rusconibus Mediolanẽnsis, 1517. Lien dans laquelle Jacques Daniel a pioché les images.

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Ovide, Metamorphosis, Venise, Georgius de Rusconibus Mediolanẽnsis, 1517
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Ovide, Les métamorphoses [Ier siècle], Paris, Club Français du Livre, 1960
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Ovide, Metamorphosis, Venise, Georgius de Rusconibus Mediolanẽnsis, 1517
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Ovide, Les métamorphoses [Ier siècle], Paris, Club Français du Livre, 1960

Mais pour revenir à Jeanine Fricker, elle semble être l’une des seules à travailler régulièrement avec une iconographe, Dominique Raoul Duval, nommée dans un certain nombre de colophons et dont les images proviennent toujours de la Bibliothèque Nationale de France.

MLH

Elle devait sans doute y travailler, puisqu’on l’aperçoit dans le film Toute la mémoire du monde Alain Resnais, Toute la mémoire du monde (35 mm – 21 mn), Paris, Les Films de la Pléiade, 1956. d’Alain Resnais, au détour d’un des rayonnages foisonnants qui font le charme de ce lieu labyrinthique…

ZL

Les bibliothèques jouent d’ailleurs un rôle important dans notre enquête. Si leurs méandres figurent au premier abord comme des espaces dépositaires de l’écrit, ils jouent également un rôle fondamental dans la conservation des images. Ces lieux de mémoire sont le point de ralliement des iconographes ; une pratique qui s’est professionnalisée dans les années 1960. « Le début des années 1960 semble donc bien marquer un moment de cristallisation pour une activité qui, si elle préexistait sous des formes variées, se met alors à émerger comme un métier propre, avec ses règles, ses discours, ses revendications spécifiques. […] Si Ostier, Bouvier ou Ségalat n’inventent certainement pas la fonction d’iconographe, ils contribuent bien à inventer sa transfiguration en un métier distinct du champ plus large de la documentation, et à l’affirmer comme une compétence singulière et un geste créatif recomposable comme tel. » dans Olivier Lugon, Nicolas Bouvier, iconographe, Infolio, Bibliothèque de Genève, Gollion, Genève, 2019, p. 29. La BNF, avec son département des estampes, devient le centre névralgique de la recherche d’images.

Le célèbre iconographe Nicolas Bouvier affirme avoir passé de nombreuses heures dans ces lieux qu’il considère comme un immense archipel des images. J’ai trouvé dans un article, une description singulière qu’il fait de sa profession : « L’iconographe est un homme qui recherche les images qu’une clientèle variée – érudits, éditeurs, rédacteurs de magazines, graphistes, farceurs – lui demande et qui, ce faisant, en trouve d’autres plus belles et plus drôles, qu’on ne lui demandait pas. » Nicolas Bouvier, « D’images et d’eau fraîche », Radio (TV) Je vois tout, n° 38, 18 septembre 1975, p. 62.

Bouvier a beaucoup partagé sur ce métier qu’il a contribué à faire émerger et ses écrits peuvent nous éclairer sur cette double pratique d’enquêteur/duplicateur d’images. Dans l’ouvrage Nicolas Bouvier, iconographe Olivier Lugon, Nicolas Bouvier, iconographe, Infolio, Bibliothèque de Genève, Gollion, Genève, 2019 , je lis que ses formes visuelles de prédilection sont des illustrations extraites de manuscrits, de livres scientifiques, de traités de botaniques et d’alchimie ou de cartes à jouer. Olivier Lugon, Nicolas Bouvier, iconographe, Infolio, Bibliothèque de Genève, Gollion, Genève, 2019, p. 121 Cette iconographie se rapproche de celle présente dans les livres de Clubs et je pense qu’il peut être intéressant de comprendre la relation qu’entretenait Nicolas Bouvier avec cette matière populaire et ancienne. Pour lui, ces images sont des « flashes de passé-présent » et il affirme ainsi devenir insensible à leur chronologie. Dans le journal Radio (TV) Je vois tout (n° 38, 18 septembre 1975), il écrit que « sans être hostile à l’art actuel, il [l’iconographe] devient insensible à la chronologie » (article « D’images et d’eau fraîche », p. 62) et considère désormais que « le temps linéaire est aboli » (article « Le psaume du documentaliste », p. 63).

Se peut-il alors que les anciennes gravures au trait naïf, apparaissent à Massin, Faucheux, Darche ou Fricker, sous des contours temporels flous, les transformant alors en images tout à fait contemporaines ?

MLH

En effet, en passant dans leurs mains, et à travers leurs regards, les images peuvent glisser d’un espace-temps à un autre. Leur histoire s’épaissit de nouvelles strates de sens, de lectures et d’interprétation.

Dans cette optique, je trouve qu’il existe un lien étroit entre la pratique des maquettistes et celle des iconographes. Dans le cas des livres de Clubs, les maquettistes ont une grande responsabilité quant à l’enrichissement critique du récit principal. Au-delà de la mise en forme (typo)graphique, on observe une véritable volonté de contextualiser et de commenter le texte littéraire, notamment par l’ajout d’une matière extérieure. Semblant défendre l’idée que la surprise puisse jaillir d’un document du passé, les maquettistes débutent alors un long travail d’exploration iconographique. Les images choisies, adaptées et paradoxalement considérées comme « inédites », leur permettent de façonner les ouvrages qui leur sont confiés.

ZL

L’iconographe français Jacques Ostier va encore plus loin, en se positionnant « co-auteur-créateur » des ouvrages sur lesquels il travaille. Pour lui, la recherche d’images ne se réduit pas à un simple travail d’exécution, mais implique une véritable interprétation subjective du texte. Il écrit « De ce fait, la responsabilité du documentaliste est sérieusement engagée et il prend une position clef dans l’architecture du livre. […] Il devient donc un metteur en scène qui doit conduire sa mise en place de l’image comme un véritable film. […] Fidèle à la pensée et au style de l’écrivain, il recréé en images un ouvrage similaire, les deux œuvres s’intégrant intimement l’une à l’autre, se renforçant mutuellement. L’illustration n’est plus un apport, elle est devenue force créatrice ». (Dans Olivier Lugon, Nicolas Bouvier, iconographe, Infolio, Bibliothèque de Genève, Gollion, Genève, 2019, pp. 30,31).

MLH

Chez les maquettistes des Clubs, ce rôle de chercheur·euse est doublé de celui de créateur·ice. Par des transformations chromatiques, des recadrages, des simplifications stylistiques, des jeux d’échelles et autres espiègleries graphiques, ils et elles deviennent à leur tour « faiseurs d’images ».

Leur intervention protéiforme a une influence visible sur le chemin qu’empruntera l’objet éditorial et, selon moi, se rapproche vraiment d’un processus d’écriture.

À ce propos, il est fréquent d’associer la pratique du maquettiste/designer graphique, de celle du traducteur. En latin, traduire (traducere) se définit comme « faire passer », et l’équivalent du terme en allemand (übersetzen) indique l’acte de « transporter au-delà », de « mettre plus loin ». Comme celui du maquettiste, le geste du traducteur consiste alors à déplacer un contenu existant en lui allouant une toute autre forme. Les images participent de ce déplacement. D’une part, elles augmentent le texte et ont une influence sur son appréhension par le lectorat; de l’autre, elles figurent comme de véritables outils d’écriture, maniés par les maquettistes pour raconter des histoires inédites. De la même façon que le texte peut être transformé en une matière à voir, l’image devient ici matière à lire. Se croisent alors deux récits, narrés par deux langages distincts.

Habillant les pages des livres de Clubs, le paratexte visuel contribue à prolonger la narration, et offre aux lecteur·ices la possibilité de la parcourir sous un tout nouvel angle. Si cet ajout iconographique joue un rôle essentiel dans la lecture du texte réédité, il me semble pertinent que l’on regarde aussi sa réciproque, moins souvent abordée : comment évolue le sens des images lorsqu’elles sont associées à une matière textuelle ? Le texte a-t-il également une influence notable sur leur lecture ?

ZL

Pour cela, attrapons sur l’étagère le roman Le pain et le vin d’Ignazio Silone, mis en page par Pierre Faucheux en 1950. Sur la première et la quatrième de couverture s’accumulent des fragments de gravures extraits d’un Calendrier des bergers. Le Kalendrier des bergiers est un almanach imprimé pour la première fois en 1491 par Guy Marchant, prêtre-imprimeur français. Plusieurs versions voient ensuite le jour, notamment le Compost et Kalendrier des bergeres, imprimé en 1499 et conservé à la BNF Ce petit ouvrage, à usage pratique et moral, regorgeait de nombreuses images. Ainsi signes du zodiaque, planches anatomiques, danses macabres, représentations des activités agricoles ou artisanales, enrichissaient le texte pour guider hommes et femmes vers leur salut. Calendrier des bergeres, Paris, Guy Marchand, 1499 Lien

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Calendrier des bergeres, Paris, Guy Marchand, 1499
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Calendrier des bergeres, Paris, Guy Marchand, 1499
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Calendrier des bergeres, Paris, Guy Marchand, 1499
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Calendrier des bergeres, Paris, Guy Marchand, 1499
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Calendrier des bergeres, Paris, Guy Marchand, 1499
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Ignazio Silone, Le pain et le vin [1939], Paris, Club Français du Livre, 1950

MLH

Au début du XVIIe siècle, le Calendrier des bergers intègre la populaire Bibliothèque Bleue, une collection en grande partie imprimée à Troyes et circulant par le biais des colporteurs.

Sous un papier bleu-gris, qui a donné son nom à la collection, on découvre des feuillets fragiles et sommairement reliés, noircis par des romans de chevalerie, des textes de piété, des livres d’heures, mais aussi par des contenus « pratiques » tels que des almanachs ou des abécédaires.

Pour accompagner ces écrits d’une imagerie, les éditeurs troyens acquièrent d’anciens bois gravés, usés et désuets, qu’ils réutilisent, retaillent et réimpriment à l’infini (ou presque).

Il est fascinant d’observer le double mouvement dans lequel se retrouvent ces images populaires. Un mouvement à la fois spatial (puisque distribuées par un moyen de vente ambulant) et temporel (puisque circulant à travers les livres et les époques), qui enrichit leurs histoires de nombreuses strates sémantiques.

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Charles Perrault, Contes de Perrault, Troyes, Pierre Garnier, 1737
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Nicolas Le Verde, Almanach du bon laboureur, Troyes, Adrien-Paul-François André, 1799
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Recueil contenant L'histoire de Mélusine (p. de gauche) et Le Romant de Florent et Lyon enfans de l'empereur de Rome (p. de droite), Troyes, Nicolas Oudot, 1626

ZL

Effectivement, les images ont traversé plusieurs siècles, ont connu plusieurs aventures éditoriales, se sont offertes à plusieurs yeux avant de s’inscrire à nouveau sur le papier des livres de Clubs.

Pour le roman de Silone, Pierre Faucheux a sélectionné dans un calendrier des bergers, des images dévoilant artisans et paysans affairés à la tâche. Elles viennent introduire l’histoire d’un jeune militant communiste italien revenant d’exil en pleine dictature mussolinienne. Obligé de vivre dans la clandestinité, il se fait passer pour un prêtre dans un coin reculé des Abruzzes. Le texte, écrit en 1937, est un témoignage de cette sombre période, enrichi par l’expérience personnelle de l’auteur, lui-même dirigeant communiste et clandestin sous le régime fasciste. Comment donc des images de la fin de XVe siècle peuvent-elles être lues des siècles plus tard, dans ce contexte socio-politique ?

MLH

Les images, qui ornent l’ensemble de la couverture, ont une forte densité visuelle et sémantique, et le parti-pris graphique de Pierre Faucheux peut donner lieu à de multiples interprétations. La teinte sombre utilisée rappelle-t-elle les Chemises noires du gouvernement mussolinien ? Les diverses images d’ouvriers et de paysans, ainsi rassemblées, évoquent-elles l’union des forces travailleuses, prônée par le PCI ? Est-ce la Bataille du blé La Bataille du blé est une campagne de propagande initiée par Roberto Mussolini en 1925, ayant pour objectif d’assurer l’autosuffisance de l’Italie en matière de production de blé. qui est dénoncée dans les gravures sur bois d’hommes et de femmes au labeur en quatrième de couverture ? Quant à ces images morcelées, incriminent-elles la division de la population provoquée par le régime dictatorial en place ?

En parallèle, on sait aussi qu’Ignazio Silone renoue avec ses origines chrétiennes au début des années 1950. Le Calendrier des Bergers est notamment destiné à vulgariser la religion et à édifier son lectorat dans la foi. Peut-être qu’au travers de cette sélection iconographique, Faucheux souhaitait également illustrer le lien fraîchement retissé entre Ignazio Silone et sa spiritualité ?

ZL

La couverture de ce roman permet également de mettre en lumière le phénomène de circulation des images qui s’effectue au sein des Clubs. En effet, le semeur que l’on aperçoit au bas de la quatrième de couverture est aussi la figure principale du Regain de Jean Giono dans la version Club du Meilleur Livre mis en page par Jeanine Fricker en 1960. Cette fois-ci le personnage, totalement isolé de son environnement champêtre, occupe l’intégralité de la première de couverture.

MLH

On remarque donc qu’une même gravure peut être utilisée par différent·es maquettistes, au sein de différents livres, issus de différents Clubs. Des itérations qui mettent en lumière la nature même de l’estampe, reproductible à l’infini.

Et si on prend le temps d’observer le catalogue de la Bibliothèque Bleue, on observe là encore des images qui se répètent, réemployées d’un livret à un autre, et allant parfois jusqu’à être imprimées à plusieurs reprises dans une seule et même brochure.

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L'Histoire de Maugis d'Aygremont et de Vivian son frère, Troyes, Nicolas Oudot, 1635
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L'Histoire de Maugis d'Aygremont et de Vivian son frère, Troyes, Nicolas Oudot, 1635
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L'Histoire de Maugis d'Aygremont et de Vivian son frère, Troyes, Nicolas Oudot, 1635
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L'Histoire de Maugis d'Aygremont et de Vivian son frère, Troyes, Nicolas Oudot, 1635

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Des siècles plus tard, Pierre Faucheux réitère ce procédé dans Mon amie Flicka : un même cheval s’élance sur la couverture, déambule entre les pages et finit sa course au colophon. Au fil de ses apparitions, sa taille et la couleur de sa robe changent, jusqu’à la fin de l’ouvrage où il est imprimé en négatif.

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Mary O'Hara, Mon amie Flicka [1941], Paris, Club Français du Livre, 1949
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Mary O'Hara, Mon amie Flicka [1941], Paris, Club Français du Livre, 1949
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Mary O'Hara, Mon amie Flicka [1941], Paris, Club Français du Livre, 1949

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Une fois n’est pas coutume, c’est encore une image de la Bibliothèque Bleue, provenant elle-même d’un guide pratique du XVIIe siècle On retrouve ce cheval sur l’un des nombreux exemplaires du Maréchal Expert publié par la Bibliothèque Bleue à la fin du XVIIe / au début XVIIIe siècle, mais la gravure, plus ancienne, devait sans doute déjà orner les pages de certains ouvrages pédagogiques du XVIe siècle. Dans L’Agriculture et la maison rustique (1586) par exemple, on découvre un cheval à l’allure similaire. Lien , qui ici devient terrain de jeux graphiques.

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C’est vrai, et j’ai l’impression que nous tournons en rond, comme ces images qui semblent suivre un parcours cyclique, ne sortant jamais des livres et dessinant un circuit fermé de l’iconographie.

Cette notion de cycle est d’ailleurs littéralement présente dans les gravures choisies. Pierre Faucheux couronne la couverture des Œuvres choisies de Ronsard d’un imposant ouroboros, utilisé par Jean de Tournes (imprimeur lyonnais du XVIe siècle) en guise de marque typographique. Cette marque typographique apparaît dans Charles Fontaine, Figures du Nouveau Testament, Lyon, Jean de Tournes, 1579. Lien Alain Le Breton recouvre Le Devisement du monde de Marco Polo d’une volvelle, un instrument de calcul servant à déterminer des cycles en astronomie. Nous n’avons pas retrouvé la trace exacte de la volvelle figurant sur la couverture de cet ouvrage, mais elle doit sûrement provenir d’une édition du XVIe siècle. En effet, on trouve une gravure similaire dans les différentes parutions de la Cosmographie Universelle de Sebastian Münster. Lien Jeanine Fricker, quant à elle, ceinture la couverture bleue du Mas Théotime des douze figures astrologiques issues d’un Calendrier des bergers. Illustrations de Calendrier et compost des bergiers. La grant danse macabre, Troyes, Nicolas Le Rouge, 1531. Lien

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Pierre de Ronsard, Œuvres choisies [1841], Paris, Club Français du Livre, 1948
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Charles Fontaine, Figures du Nouveau Testament, Lyon, Jean de Tournes, 1579
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Albert t’Serstevens, Le livre de Marco Polo ou Le Devisement du monde [1298], Club Français du Livre, 1953
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Sebastian Münster, La Cosmographie Universelle, Bâle, Henry Pierre, 1556
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Henri Bosco, Le Mas Théotime [1945], Paris, Club du Meilleur Livre, 1957
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Illustrations de Calendrier et compost des bergiers. La grant danse macabre, Troyes, Nicolas Le Rouge, 1531

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Sans compter les lunes et les soleils, figures cycliques par excellence, qui habillent par dizaine les livres de Clubs, des pages intérieures aux toiles de reliure. À l’image de la couverture des Enfants du bon Dieu, accueillant le visage du soleil rieur qui, en 1948, illuminait déjà les Aventures du roi Pausole, découvert au début de notre enquête.