Regroupant des « bibliophiles conservateurs », des « lecteurs progressistes », des avides de « lectures divertissantes » ou « d’œuvres classiques », des ouvrier·ères et cadres supérieurs, des citadins et des ruraux, les Clubs du Livre ont éveillés ou soutenus chez leurs d’adhérent·es un engouement pour la lecture et le livre, tout au long de leurs décennies d’activités.

Plus qu’une formule commerciale, une structure d’édition ou de distribution, les Clubs du Livre se présentent avant tout comme des clubs Au regard du nombre important d’adhérents, le terme « club » peut-être interrogé (Alban Cerisier, « cartonnages d’éditeurs et livres de clubs » conférences au Centre Pompidou, le 6 juin). ; des cercles de personnes rassemblées autour d’un intérêt commun. Pour créer et entretenir ce lien, chaque Club diffusera mensuellement un bulletin Les bulletins servaient essentiellement de support de communication à destination des abonné·es. Ils présentent « la sélection du mois » (les titres proposés à la commande), des textes autour de leurs publications et de l’actualité littéraire et toutes les informations relatives à l’activité du Club et à son fonctionnement. [img_2 — Pages de présentation de la sélection du mois dans Liens no X de mois 19XX] qui, au-delà d’être un support de présentation de la sélection du mois, sera un espace vivant qui contribuera à nourrir un sentiment d’appartenance à une famille de lecteur·ices Au-delà de leur offre commerciale, les Clubs proposent un panel d’activités qui permettent à leurs adhérents de prendre part à la vie des Clubs : voyages organisés, expositions, concours d’écriture, référendums, etc. .

Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc

Parmi les différentes rubriques de la vie du Club, il en est une que l’on savoure aujourd’hui comme une fenêtre sur les préoccupations de cette communauté : le courrier des lecteur·ices. La collecte et l’édition de cet ensemble riche de correspondances esquissent non seulement de multiples portraits d’adhérent·es, mais donnent à lire en creux ce que sont un Club du Livre et un livre de Club pour ces derniers.

« […] Personnellement, il m’importe beaucoup de savoir ce que tel français, obscur fonctionnaire de province, pense de tel livre qui a suscité en moi, outre mon plaisir, de l’intérêt. Même, son opinion m’importe plus que celle de M.F. Mauriac (par exemple). Nous sommes à ce point saturés de critique professionnelle qu’il me semble urgent d’en revenir à la critique d’amateur. » M. Raoul Bonnet (Mérignac, Gironde), ad. au CFL. Liens no 26 (juin 1949)

Le matériau de l’étude

Cette chronique présente une sélection d’échanges publiés dans les rubriques « De vous à nous », « Cette page est à vous » et « Les lecteurs parlent aux lecteurs » Respectivement, rubriques des courriers des lecteurs des bulletin « Liens » du Club Français du livre, « Club » du Club du Meilleur livre, et « Actualité littéraire » du Club des Libraires de France. [img_3 — Rubrique de vous à nous dans Liens no X de mois 19XX] .

Nous réservons dans Liens une rubrique qu’il appartient à nos lecteurs d’alimenter. Ce sera la possibilité pour eux de manifester l’intérêt qu’ils portent à notre effort et de nous y aider. CFL. Liens no 1 (mars 1947)

Nous grouperons sous cette rubrique toutes les suggestions qui nous seront présentées et nous ouvrirons un débat permanent que nous voudrions aussi mouvementé que constructif. En attendant les avis de nos lecteurs sur la présentation des volumes et l’établissement des textes, nous répondons d’ores et déjà aux nombreuses suggestions qui nous sont parvenues. CLF. Actualité littéraire no 1 (janvier 1954)

Il s’agit donc d’un choix de correspondances opéré dans un contenu L’intégralité des courriers utilisés pour cette étude sont retranscrits (en français uniquement) en annexe de cet article et proviennent des bulletins conservés par la Bibliothèque Nationale de France ; Liens (1947-1971) n° 1 à 71 puis n° 1 à 285 (nouvelle numérotation) (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32807593x) ; Club (1953-1960) n° 1 à 79 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32743622c) ; Actualité littéraire (1954-1962) n° 1 à 88 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb344460644). lui-même déjà édité par les Clubs Les Clubs opéraient une sélection dans le courrier reçu et ne publiait qu’exceptionnellement l’intégralité d’une lettre. . Bien qu’il ne donne accès qu’à un fragment de l’ensemble des courriers reçus, le corpus nous semble malgré tout suffisamment riche et diversifié pour nous permettre d’entrevoir le phénomène des Clubs du livre en France, tel que vécu par ses abonné·es.

Je suis toujours resté très sceptique sur l’avantage ou même l’utilité pour les lecteurs de participer à une rubrique du genre « De vous à nous ». Il est tellement facile, pour un directeur de revue, de l’orienter dans le sens désiré par le tri bien ordonnée des correspondances reçues, qu’il peut à son gré doser l’éloge ou diriger la critique. […] Cependant, à lire cette rubrique mois après mois, je m’aperçois qu’elle enregistre, en somme, assez fidèlement ce que pensent les membres du Club que je connais. […] M. Bocquet Marescherie (Selles, Haute-Saône), ad. 76891 au CFL. Liens no 49 (juin 1951)

Un Club véritable se doit de favoriser les échanges ; s’il se plaît à recueillir les éloges et les encouragements, il a d’abord le devoir de donner la plus large place aux suggestions et aux critiques. […] Nous réservons, par contre, cette libre tribune aux questions d’intérêt général en choisissant, parmi vos lettres celles qui nous paraissent refléter une opinion ou une tendance commune à un grand nombre de nos amis. CML. Club no 2 (février 1953)

Ces courriers – autant à destination des Clubs qu’aux autres adhérents – sont de natures aussi variées que les sujets qu’ils abordent. Ils interrogent, suggèrent, félicitent ou reprochent par autant de louanges que de vives critiques, et font de ces rubriques des espaces d’expression et d’échanges ; de véritables forums au sein de la vie des Clubs L’importance relative de ces rubriques – présentes dès les premiers bulletins – varient en fonction des Clubs. Certains (comme le CFL) les ont conservés – bien que de façon discontinue– jusqu’aux bulletins les plus tardifs, d’autres (comme le CLF) lui ont donné une existence plus brève (sans discontinuité du n° 1 (janvier 1954) au n° 17 (septembre-octobre 1955), puis 4 occurrences jusqu’au n° 27 (septembre 1956) avant de disparaître). .

[…] J’ai vingt ans et peu d’instruction et c’est depuis quelques mois seulement que la lecture me paraît le moyen le plus efficace de s’instruire des choses qui vous entourent, de faire de beaux voyages grâce à la lecture d’un bon livre et enfin de connaître les nouvelles inventions du génie humain. Vous allez me dire : pourquoi aimez-vous la lecture seulement maintenant, alors qu’il y a des années que vous devriez lire des livres qui vous instruisent? À cela je ne saurais répondre […] croyez-vous qu’à mon âge je peux encore, avec de la bonne volonté, rattraper le temps perdu […] ? […] M. L. C. ad. au CLF. Actualité littéraire no 14 (juillet 1955)

Cher Monsieur, Quelle charmante et naïve lettre ! Il n’est ferveur que de novice, dirait en souriant Mme de Sévigné. Dois-je aussi me présenter ? Je lis assidument depuis l’âge des Malheurs de Sophie […]. De seize à dix-neuf ans, j’étudiais clandestinement à la bougie camouflée les Cours Professionnels d’Édition et de Librairie. […] Ce que je sais ? En quinze ans de lectures bien choisies et d’étude du livre, j’ai surtout appris que je ne savais rien, et que je n’en finirais jamais d’apprendre. Mais que j’ai été heureuse ! Comment ne pas vous en souhaiter autant ? […] Ancien ou moderne, tout bon livre mérite un regard attentif, même s’il n’est pas « le nôtre ». […] Questionnez les autres, et vous-même : qui l’a écrit ? pourquoi ? qui l’a imprimé ? où ? quand ? quelle reliure ? que veut dire cette marque ? etc. […] De même, comprenez-vous aujourd’hui les causes économiques, sociales, et autres, du succès des Clubs ? L’idée est vieille, sa maturité récente, n’est-ce pas intéressant ? […] Mais allez donc voir votre libraire. Si c’est un marchand de livres, il vous servira. Si c’est un libraire, espèce timide en voie de disparition à notre époque agitée, il vous apprendra mille autres choses. […] Achetez aussi quelques-uns de ces livres club qui savent se tenir tout seuls […]. […] Cherchez, et vous trouverez […]. Mme G.L. Bertrand (Dijon), ad. au CLF. Actualité littéraire no 16 (septembre-octobre 1955)

Ces bulletins – et ces rubriques plus particulièrement – sont des éléments structurants de la stratégie commerciale des Clubs. En créant ces espaces d’information et d’échange, ils renforcent l’idée que s’abonner à un Club, c’est intégrer une communauté de lecteurs.

Les adhérent·es

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la société française voit émerger une classe moyenne aux contours sociologiques, économiques et culturels en définition. À l’image de cette société en renouvellement, les membres de ces Clubs forment une clientèle extrêmement hétérogène.

Cher Club, […] Pour le cadeau du 10e anniversaire, […] [je] me permets de vous suggérer deux autres façons de voir les choses. […] Premier mode de distribution : accorder le cadeau aux 20 000 personnes qui ont apporté le plus d’argent au Club. Le Club ne vit pas seulement de celui qui achète tous les ans quatre livres à 800 Fr., mais bien plus de ceux qui, depuis huit ans, lui ont acheté 200, 300, 500 000 Fr. de livres. La grande majorité, me diriez-vous, dépense peut-être 3 000 à 5 000 Fr. seulement. Possible, mais alors, allez-vous décourager celui qui achète pour 50 000 Fr. ? Dr Le Bescond, ad. au CFL, Liens no 024 Après le numéro 71 d’avril 1953, Liens recommence sa numérotation en mai 1953. Afin de les différencier, nous utilisons un système à deux chiffres pour la première numérotation (01 à 71) et à trois chiffres pour la seconde (001 à 285). (avril 1955)

[…] J’avoue que personnellement la lecture de la lettre du docteur Le Bescond m’a scandalisée. […] le Club, j’en suis sûre, est attaché à tous ses adhérents, qu’ils soient petits acheteurs ou gros acheteurs pourvu qu’ils soient fidèles. Mes moyens ne me permettent pas de dépenser 50 000 Fr. par an pour des livres – je suis la première à le regretter – mais 50 000 Fr. représente plus d’un mois de salaire d’une sténodactylographe, même largement payée, et si je n’achète au Club que cinq ou six ouvrages par an, c’est toujours en « tirant » sur mon petit budget, mais mon plaisir en me rendant rue de la Pêche pour acheter « mes livres » est au moins aussi grand que celui du Docteur Le Bescond lorsqu’il vous signe un chèque de 10 000 Fr. […] Lorsqu’on s’inscrit dans un club littéraire, c’est toujours par amour de la littérature… ce n’est pas une question d’argent. On peut apprécier autant les très beaux ouvrages, mais se contenter de quelques livres par an. Mlle J. François, ad. au CFL, Liens no 025 (mai 1955)

Abonné d’un an au Club, je m’adresse pour la première fois aujourd’hui à vous, pour vous dire combien vos sélections m’ont déjà fait passer d’heures agréables. […] Pourtant, je dois dire que j’appartient à cette grande masse de Français, amateurs de lecture, mais dont les connaissances littéraires ne sont pas toujours suffisantes, pour apprécier, comme ils devraient l’être, certains volumes édités par le Club. […] De M. Paul Dupeur (Bort-les-Orgues, Corrèze) ad. au CFL, Liens no 47 ( avril 1951)

Mon abonnement au Club du Livre est pour moi une source de joie profonde, et, sans vous, les « petites bourses » dont je fais partie n’auraient jamais pu songer à se créer une belle bibliothèque. Au plaisir de recevoir un beau livre, s’ajoute celui de la surprise de découvrir chaque fois une présentation nouvelle. […] M. A. Robillard (Carolles, Manche), ad. au CFL, Liens no 36 (mai 1950)

Mes amis et moi-même sommes sans doute les jeunes espoirs du Club du Meilleur Livre. Nous formons en effet à Saint-Étienne un groupe de jeunes qui s’intéressent, avec l’ardeur qui nous caractérise, au Club et à ses publications. Comme notre fortune est toute relative, nous faisons des prouesses pour pouvoir nous payer ceux des livres du Club qui nous font le plus envie, car sincèrement, nous voudrions tous les posséder. Les plus économes en ont déjà un bon nombre qu’ils ont l’amabilité de passer à ceux qui le sont le moins. Mlle Mazet (St-Etienne), ad. 25 367 au CML, Club no 16 (septembre 1954)

Cette diversité économique et culturelle semble être le moteur du projet ambitionné par les Clubs et la raison de leur succès : « rendre accessible une offre littéraire exigeante au plus grand nombre » « Oui, il a suscité et développé de nouvelles formes de l’édition, livre relié de belle qualité à prix modique, grandes collections de culture ; Oui, il contribue, et notablement, à la diffusion de la culture par des moyens simples et efficaces. ». « À nos amis » (édito), Liens n° 233 (octobre 1966) : pp. 2–3. .

Mme Geoffrin (Lille) verrait d’un bon œil que nous éditions exclusivement des ouvrages de luxe, afin d’éliminer (sic) les éléments tant soit peu « populaires », qui ne savent pas toujours apprécier comme il convient la beauté d’un livre… Nous rappelons à Mme Geoffrin […] que la mission que s’est assignée le club, n’est certainement pas « d’éliminer les éléments populaires ». CFL, Liens no 23 (mars 1949)

La « formule Club »

Les formules des Clubs présentent une particularité majeure pour celui ou celle qui acquiert un ouvrage : celui-ci sélectionne les livres qu’il souhaite recevoir à partir d’une liste de titres fournie par le Club chaque mois. Il découvre ainsi, à sa réception, l’objet et la mise en forme proposée par le Club Il faudra attendre la 97e sélection du CFL, dans le bulletin Liens de juillet 1955, pour voir apparaître les premières photographies des couvertures de la sélection du mois. [img_4 — 97e sélection du CFL de juillet 1955, dans Liens noX] .

Je viens de recevoir La Citadelle, de Cronin, choisi dans la sélection de décembre. Je vous adresse tout d’abord mes compliments, pour le soin apporté à l’impression : la netteté des caractères facilite la lecture de l’œuvre, l’œil glisse sans fatigue d’une ligne à l’autre. Le papier est aussi très beau et sa qualité augmente encore le plaisir que l’on a à tourner les pages. C’est parfait. […] Cette présentation serait, en effet, très agréable avec cette couleur bleu mat, si… si… si elle était moins agressive : c’est-à-dire sans ces horribles graffiti sur les pages de garde et sans ces lignes brisées de mauvais goût qui enlaidissent la couverture. Un livre, même s’il est d’un auteur moderne, se doit d’être discret dans son invitation à la lecture. Un peu de frein à l’imagination du maquettiste ne serait pas pour déplaire. […] En terminant, je souhaite que le Club repousse délibérément ces tentatives de gribouillages pour s’orienter vers une présentation moins excentrique mais plus digne de la valeur des œuvres sélectionnées. […] M. Emile Jullien (Miliana, Algérie), ad. au CFL, Liens no 024 (avril 1955)

Cronin, *La Citadelle* (Club Français du Livre, date), 1re de couverture et gardes
Cronin, *La Citadelle* (Club Français du Livre, date), 1re de couverture et gardes
Cronin, *La Citadelle* (Club Français du Livre, date), 1re de couverture et gardes
Cronin, *La Citadelle* (Club Français du Livre, date), 1re de couverture et gardes
Cronin, *La Citadelle* (Club Français du Livre, date), 1re de couverture et gardes
Cronin, *La Citadelle* (Club Français du Livre, date), 1re de couverture et gardes
Cronin, *La Citadelle* (Club Français du Livre, date), 1re de couverture et gardes
Cronin, *La Citadelle* (Club Français du Livre, date), 1re de couverture et gardes

Je vous écris au sujet de Tristan et Yseult que je viens de recevoir. Merci. Je suis littéralement enthousiasmée par la présentation originale et soignée de cet ouvrage. J’ai quelque peu hésité à le commander, son prix me semblait élevé car j’ai un budget extrêmement modeste, mais combien je me félicite de l’avoir dans ma bibliothèque et comme son prix me semble modique. Ces compliments peuvent d’ailleurs s’appliquer à l’ensemble des ouvrages du Club. Mlle M. Salamandre (Fontainebleau, Seine-et-Marne), ad. 124 197 au CFL, Liens no 061 (juin 1952)

[…] nous serions heureux de trouver dans Liens qui est lu par de nombreux professeurs, une photographie de chacune de vos parutions mensuelles. En effet, souvent le goût de la reliure dicte à un abonné l’achat d’un livre déjà lu — et celui-ci, comme le cas s’est déjà produit, peut être déçu par la présentation de l’œuvre qui ne s’accorde pas avec les exigences de l’aspect matériel de sa bibliothèque ou tout simplement de ses désirs (ce qui est rare). M J. Archambaud (St-Amand, Cher), ad. au CFL. Liens no 38 (juillet 1950)

Oserais-je […] vous avouer que la présentation d’Olympio m’a fort étonnée, pour ne pas dire déçue ? Ces sages dessins, ces sages couleurs pour un génie – qu’on l’aime ou non – au verbe rutilant, aux oppositions fortes ? L’Art d’être grand-père, peut-être, mais pas la Légende des siècles ! Mme M.G. (Compiègne) ad. au CML. Club no 32 (février 1956)

Réponse du CML

[…] La reliure d’Olympio a été réalisée avec des vignettes typographiques de style didot, choisies dans le catalogue de la fonderie Deberny et Peignot. En rapprochant ces vignettes, si différentes dans leur dessin et si riches dans leur variété, en renforçant l’effet de cette juxtaposition par la diversité des couleurs, on a exprimé graphiquement la profusion verbale de Hugo, l’infinité des genres littéraires qu’il a abordés et l’ « étonnante grandeur de son génie ».

[img_6 — Typographie, Deberny Peignot (195?) pp. Notice Catalogue BNF FRBNF42257508. Page 176-177, vignettes c24 (322c + 96) c48 (81v + 177) ]

Avoir sélectionné Émile et les Détectives, ce « roman pour enfants », bravo ; l’illustrer par des photos du film, très bonne idée ; mais utiliser un papier qui ne donne même pas à ces photos la qualité de celles d’un journal du matin, c’est dommage et cela suffit pour passer à côté de la « belle édition » que j’aurais dû tenir entre mes mains. […] M. R. Rossille (Vincennes), ab. 144 919 au CFL. Liens no 57 (février 1952)

Réponse du CFL

Nous avons indiqué, dans un récent numéro de Liens, que les photos reproduites dans notre édition d’Émile et les Détectives ont été extraites de la seule copie du film existant en France. (C’est du moins ce que nous a précisé la Fédération français des Ciné-Clubs). Cette unique copie, vieille de près de vingt ans, a été maintes fois projetée et manipulée – ce qui excuse, nous semble-t-il, sa médiocre qualité photographique, mais n’ôte rien au charme d’« Émile ».

*Émile et les Détectives* (Club Français du Livre, date), Zooms sur les photographies du film
Émile et les Détectives (Club Français du Livre, date), Zooms sur les photographies du film

Ce modèle particulier de diffusion et la forme toujours renouvelée des présentations (par des maquettistes qui s’imposent comme les auteur·ices de la mise en forme Au Club Français du Livre, dès 1947, le·a maquettiste de l’ouvrage est cité·e dans le colophon et signe ainsi son travail de conception. Cette mention se retrouve également dans les colophons du Club du Meilleur Livre et du Club des Libraires de France quasi-systématiquement. [img_8 — Sélection de quelques colophons avec les mentions des maquettistes] ) nourrissent une curiosité chez les adhérents qui cultivent un intérêt pour l’aspect visuel et matériel des ouvrages.

[…] Pourriez-vous donner dans vos colonnes la parole à vos maquettistes Au Club Français du Livre, une rubrique similaire à celle suggérée par cette adhérente avait été publiée dans les bulletins de juin et d’août 1950 [img_9-A 9-B]. Le Club du Meilleur livre publie dans Club en décembre 1953 (soit deux mois après la publication de ce courrier) l’article « réalisé d’après les maquettes de … », le premier d’une série intitulée « Comment on fabrique un livre ». Il donne la parole aux maquettistes sous la forme d’une interview commentée.  ? C’est à eux, il me semble, que reviennent la plupart des palmes qui sont décernées au Club. Ainsi, j’ai acquis des volumes uniquement à cause de leur présentation. Je ne les aurais jamais désirés dans une édition ordinaire (ce fut le cas par exemple pour la Vie de Sainte-Thérèse et le Kon-Tiki). […] Je posséderai le mois prochain dix-neuf volumes sur vingt-quatre que vous avez édités. Si je n’avais tenu compte que de mes préférences littéraires, j’en posséderais quatre ou cinq. Ce sont vos reliures qui m’ont tenté pour tous les autres. J’aimerais donc que vos maquettistes puissent exposer en quelques lignes dans Club pourquoi ils ont présenté tel volume de telle façon, en telle couleur, et quelle est l’idée précise qu’ils ont voulu exprimer. […] Je ne veux pas dire par là que vos reliures et vos pages de garde soient des rébus ; elles sont en effet bien loin de verser dans le genre hermétique et cela ne mérite que des éloges. Mlle M. E. G., ad. 2 590 au CML. Club no 7 (novembre 1953)

Les premiers membres du Club qui ont aperçu le Zola (n°23) n’ont jamais voulu croire que la couverture fût empruntée à une image d’Épinal. Nous reprenons à la collection de notre Directeur littéraire le document original pour en donner ci-dessous la photographie. Elle porte la référence « Grandes Constructions. La Locomotive, Imagerie d’Épinal Pellerin n° 159 ». CLF. Actualité littéraire no 6 (décembre 1953)

[img_10 — Modèles à découper et assembler. Grandes Constructions (390 x 490 mm), La Locomotive, Imagerie d’Épinal Pellerin n° 159 (entre 1880 et 1908).]

Quelques-uns d’entre vous nous ont demandé l’origine du document utilisé pour les gardes de Bourlinguer, de B. Cendrars. « Il s’agit, nous écrit Mme C., abonnée n°805, d’un document photographique. Mais comment a-t-il été réalisé ? » Nous pouvons dévoiler ce « secret ». Dans une pièce noire, une lampe électrique de poche, suspendue à une ficelle, est balancée pendant quelques secondes devant l’objectif ouvert de l’appareil… Rien de plus simple, en théorie… Mais la réussite exige le talent de Guimbertaud. CFL. Liens no 24 (avril 1949)

Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894

M. Coulans, adhérent de Montpellier s’émeut des pages de garde que nous avons « placardées au dos de notre Mur ». Il va jusqu’à soupçonner que la reliure n’ait pas été poursuivie jusqu’à son achèvement. Rassurons M. Coulans : le propos de notre maquettiste Massin était délibéré. Venant en contrepoint de la couverture (première lithographie sur toile réalisée au Club), le choix d’un matériau aussi fruste que le papier kraft pour les gardes ne tendait qu’à rendre sensible le tragique dépouillé de la nouvelle qui donne son titre à l’ouvrage. CML. Club no 61 (septembre 1958)

Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894

Au-delà de proposer des rééditions d’œuvres Les Clubs achètent les droits de reproduction aux maisons d’édition, pour un tirage limité. sous une présentation nouvelle, les Clubs accompagnent ces rééditions de textes en les augmentant d’un corpus critique inédit (préfaces, fac-similés de manuscrits, planches iconographiques, etc.).

[…] C’est bien dans le sens du « rajeunissement » des antiques que notre collection est axée. Certes, nous ne prétendons pas révéler les grands auteurs classiques à notre public. Mais nous cherchons toujours, par des présentations nouvelles, un nouvel appareil critique, des préfaces spécialement écrites pour nos éditions, à donner des grandes œuvres d’autrefois une image parfois neuve et toujours renouvelée. […] CFL, Liens no 055 (novembre 1957)

Quelle bonne idée vous avez eue en publiant dans une si merveilleuse édition Cette mer qui nous entoure. […] Vous avez vraiment fait du neuf. Ces innombrables illustrations, quoique pas toujours en rapport immédiat avec le texte, enrichissent le volume de telle manière que c’est devenu une œuvre différente, nouvelle. […] M. Santerre (Lyon), ad. au CFL, Liens no 54 (octobre 1957)

Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894

Outre le fait d’avoir accès à un catalogue d’ouvrages à des prix attractifs, adhérer à un Club c’est aussi bénéficier d’un cadre et d’un accompagnement dans la construction d’une culture littéraire et technique.

Une belle couverture ne suffit pas à faire un beau livre, car en général on en tourne les pages et on aimerait trouver des illustrations… […] Si vous publiez un vieil ami comme Zola, nous sommes prêts à le relire, mais nous l’aimerions rajeuni, paré de dessins originaux, agrémenté d’une introduction qui jette sur lui une lumière nouvelle ou qui contribue à bien nous le faire comprendre. M. Joseph Rzemien (Troyes), ad. au CML, Club no 66 (février 1959)

Je tiens à vous féliciter de l’initiative que vous venez de prendre d’éditer les « Portiques » sur un papier autre que le Bible indien, trop fragile… Ne vous serait-il pas possible de présenter dans Liens un tout petit article donnant les caractéristiques des différents papiers que vous nous proposez ? M. Boutet (Ardèche), ad. 95 472 au CFL. Liens no 005 (septembre 1953)

[img_14 — Sélection de couverture des Portiques]

Ne serait-il pas possible… D’initier les abonnés au vocabulaire de la typographie Les trois Clubs ont publié au sein de leurs bulletins des articles ou des notes destinées à instruire leurs adhérents. Cet apprentissage passe par une multitude de formes écrites, comme des notes de vocabulaire (Petit lexique du bibliophile, Liens de février et mars 1961), des articles pour un public initié (Les spécimens de la fonderie Balzac, Pierre Faucheux, Actualité Littéraire de décembre 1956), des essais (Le livre au XVe siècle, les incunables, Jacques Guignard, Club d’octobre 1955), ou encore des suggestions pratiques (Comment classer votre bibliothèque, Actualité littéraire de novembre 1955). « Remerciez le club qui vous guide, prudemment, dans le domaine du Livre. » conclut Jean Loize dans Le Club ou l’école des bibliophiles (Actualité littéraire 9, janvier 1955). , afin qu’ils sachent exactement ce qu’ils vont acheter ?… Il est douteux, en effet, que vos 45 000 abonnés sachent ce que veulent dire vergé, alfa, alfama, vélin, ainsi que les différences sous dénominations… M. Veyriras, ad. au CFL. Liens no 24 (avril 1949)

« Livre de premier rayon »

Hippolyte Taine, cité dans Bernard Gheerbrant, « Un Club », Actualité littéraire n° 1 (janvier 1954) : pp. 2-3. La mission annoncée de ces Clubs est d’accompagner ses adhérent·es dans la constitution d’une « bibliothèque idéale » « [L]a politique tout entière du Club [doit] nous permettre de créer pour chacun de vous la bibliothèque idéale. ». Club Français du Livre, « À nos amis » (édito), Liens n° 19 (novembre 1948) : p. 1. . Cependant, elle se confronte à un public aussi hétérogène dans ses attentes que dans ses opinions.

N’éditez que des œuvres vraiment sanctionnées par la notoriété, de manière que vos sélections arrivent à former une sorte de « bibliothèque idéale type » composée des bases culturelles indispensables et minima, mais non pas pour autant encombrée de certaines gloires pompeuses, de « vieilles barbes » nationales dont les œuvres sont plus spécialement recommandées aux insomnieux. M. de L., ad. 3 176 au CFL. Liens no 05 (juin 1953)

[…] Je ne suis pas de ceux qui vous reprochent de ne pas publier assez d’auteurs contemporains, je constitue ma bibliothèque avec plus de patience, et vous suis très reconnaissant de ne choisir que des « valeurs sûres ». M. Truchart (Tours), ad. au CFL. Liens no 022 (février 1955)

[…] Comme tous vos abonnés, je pense, j’aime et respecte les livres. Mon cas a ceci de particulier que je suis contraint de voyager, en tant que marin, et mes ambitions doivent, raisonnablement, se borner à réunir l’indispensable bagage intellectuel, concrètement réduit aux dimensions d’une caisse, et au poids, mettons de trente kilos. […] Mais je suis aussi père de cinq enfants, et je veux, plus tard, pouvoir mettre entre leurs mains ces maîtres livres […]. Puis-je espérer que ma caisse de trente kilos, d’un si mince profit commercial, mais d’un si rare contenu, sera présente à votre esprit, à l’heure décisive du choix, et fera, de temps à autres, pencher la balance du côté des valeurs fondamentales ? […] ad. 75.081.129 au CLF. Actualité littéraire no 9 (janvier 1955)

[…] En effet, de tels desiderata mettent en question le principe même du Club : assurer la présentation durable et originale d’œuvres de fonds. Nous le répétons, nous voulons aider nos adhérents à se constituer une bibliothèque sélectionnée, la plus solide possible; cela nous oblige à établir une hiérarchie, une échelle de valeurs, et à toujours tenir compte de ce facteur trop négligé dans la précipitation de la vie moderne : le facteur durée. CLF. Actualité littéraire no 1 (1954)

Une dualité se dessine entre deux groupes dont les divergences se font majoritairement sur deux sujets : la sélection des titres et la présentation des ouvrages ou des collections. Cette rivalité, que les Clubs appellent « la querelle des Anciens et des Modernes », stigmatise deux groupes d’adhérents : les « progressistes » et les « traditionalistes ».

Notre abonné ravive la vieille querelle des Anciens et des Modernes, mais nous nous employons, mieux encore que par le passé, à satisfaire, et les uns et les autres. Réponse du CFL à M. Georges Guillemin (Beauvais), ad. 104 609. Liens no 62 (juillet 1952)

[…] Enfin, permettez-moi de vous dire que mes préférences vont plutôt à ces reliures sobres et classiques. Je ne suis pas du tout d’avant-garde et suis parfois hérissée par votre style trop moderne, trop fracassant. Je ne vous en fais pas un reproche et comprends d’ailleurs que ce style hardi répond aux goûts de certains de vos adhérents. Mme Vautier (Dakar), ad. au CFL. Liens no 022 ( février 1955)

Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894

Personnellement je suis très sceptique devant les débauches d’originalité des modélistes modernes… Pourquoi ne pas organiser un référendum sur cette question ? Je me demande si dans un semblable référendum le classicisme ne l’emporterait pas ? M. B., ad. 3 275 au CML. Club no 06 (juillet 1953)

[…] Encore une fois, j’aime l’harmonieux équilibre et la sobriété de vos « Portiques », mais je me sens moins attirée par des reliures « d’avant-garde », bien que je reconnaisse que, d’une manière générale, elles sont d’un goût parfait ; mais au fond, je pense que dans la présentation également il peut y avoir une « querelle des Anciens et des Modernes ». Mme Raymonde Cavalez (Bayonne, Basses-Pyrénées) ad. au CFL. Liens no 026 (juin 1955)

Je profite de cette lettre pour vous exprimer tout le plaisir que j’éprouve à recevoir les splendides volumes composant « l’œuvre de Balzac » […] Ne continuerez-vous pas pour d’autres auteurs, œuvres complètes, une présentation similaire à Balzac ? Mais surtout du classique ! Au diable le roman moderne !… Opinion purement personnelle, cela va s’en dire ! M. J.-Marcel Faure (Genève, Suisse), ad. au CFL. Liens no 42 (novembre 1950)

Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894

Ces débats, qui ont animé de nombreuses colonnes de ces rubriques, ne sont pas de simples conflits d’opinions entre passionné·es. Ils participent à une dynamique essentielle et structurante pour les Clubs, qui tirent avantage de faire communauté.

J’aime beaucoup tous les articles de Liens […] et je me divertis avec « de vous à nous ». Les « querelles » sur les goûts, les opinions m’amusent. Et il est réconfortant de voir des Français se passionner pour des auteurs et les défendre courageusement ! Mlle C. Bricard (Paris), ad. au CFL, Liens no 35 (avril 1950)

Ces divergences sont d’autant plus virulentes que le « Livre-Club » semble être un objet de représentation qui « s’affiche » dans l’espace de la bibliothèque.

Vous avez une « clientèle » de gens qui aiment les lettres, certes, mais qui conservent aussi leurs livres le plus souvent dans des bibliothèques. Or, jusqu’ici, aucun ouvrage n’est exactement semblable au précédent ni au suivant… dans une bibliothèque où figurent d’autres livres de luxe, « l’effet » de vitrine de livres du club n’est pas ce qu’il pourrait être. Il ne s’agit pas d’être seulement bibliomane, mais, néanmoins, on peut aimer avoir un ou plusieurs casiers de sa bibliothèque harmonieusement garnis de livres identiques… ad. 2 313 (Marseille) au CFL. Liens no 8 (octobre 1947)

Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894

Un livre qui s’expose

Par son système d’abonnement, imposant une commande annuelle minimale de titres, les adhérent·es ne font pas l’acquisition de quelques ouvrages, mais s’engagent à constituer une véritable « collection Club », au volume variable. Chaque ouvrage est alors considéré en regard des autres « Au lieu de bibliophile, essayons : collectionneur. Cela vous montrera tout de suite qu’acheter des livres ne suffit pas : il faut constituer un ensemble par des choix judicieux : celui des textes, celui des exemplaires… » Jean Loize, « Le club ou l’école des Bibliophiles », Actualité littéraire n° 9 (janvier 1955) : p. 4. .

[…] Nos livres se présentent, non comme une collection unique de volume identiques, mais comme un ensemble de connexions conçu en vue d’une unité impliquant – d’un groupe d’ouvrages à un autre – les variations de style que réclament l’esprit et le goût. Il nous fut facile d’adopter une présentation immuable. C’eût été, à nos yeux, une solution paresseuse. Nous avons voulu au contraire respecter la vie propre de chaque ouvrage tout en l’intégrant dans une famille harmonieuse. Mais cette harmonie ne peut se dégager que peu à peu, à mesure que les éditions prévues viennent en renforcer les lignes maîtresses et en dessiner la ligne secondaire. […] Réponse du CFL à l’ad. 2 313. Liens no 8 (octobre 1947)

[img_21 — Couvertures au CFL avec de la variation mais une sensation d’ensemble qui s’en dégage]

Au point de vue suggestion je me permets ce qui suit : adopter rapidement une présentation définitive de façon à n’avoir que des volumes d’aspect extérieur identique ou à peu près, tout au moins pour les ouvrages de « bibliothèque générale » […]. Ce que personnellement j’espère trouver au club c’est une collection « bibliothèque » (d’une valeur représentative des ouvrages et, sinon uniformité des présentations, tout au moins continuité de leur esprit […].) (Roanne), ab. 4 607 au CFL. Liens no 04 (juin 1947)

Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894
Couverture de L'Ymagier : composition typographique au titre en grandes capitales sur fond blanc
Remy de Gourmont et Alfred Jarry, L'Ymagier, n°1, Paris, 1894

Je ne pense pas qu’il serait souhaitable de différencier à l’infini les formats et la couleur des couvertures. Vos quatre premiers volumes sont très réussis individuellement et, ensemble, ils forment dans les rayons de ma bibliothèque un bloc harmonieux. Mais ne laissez pas trop de liberté à vos maquettistes… Sinon nous aurons les formats les plus saugrenus et des rapprochements désastreux. Mlle Yvonne L., ad. 215 au CML. Club no 2 (février 1953)

[…] La liberté de création qui est laissée à nos maquettistes est limitée par les normes que nous avons établies pour chacune des séries et par le plan d’ensemble que nous avons conçu. Les lignes directrices de ce plan apparaîtront lorsque nous aurons édité un plus grand nombre de volumes dans chacune des collections. Réponse du CML

J’ai été déçu, ces derniers mois, de constater que vous paraissiez abandonner ce qui – à mes yeux – faisait la richesse des éditions « Club », c’est-à-dire une diversité de présentation qui faisait de beaucoup de vos ouvrages de très belles réussites, avec, néanmoins, la marque « Club », ces triangles de teintes différentes qui mettaient un lien entre l’individualité de chaque reliure. M. Henri Pourrat, ad. 18 507 au CML. Club no 66 ( février 1959)

[Je] me permets d’ores et déjà de protester vigoureusement contre les tendances qui se manifestent parmi les membres de notre club en faveur d’une unité de présentation des volumes, dans la reliure, la qualité du papier, etc. Mille fois non, un des principaux charmes de vos éditions étant cette perpétuelle et artistique variété qui fait que chaque envoi est une surprise esthétique en même temps car égal littéraire. […] Ad. 5 097 au CFL. Liens no17 (août/septembre 1948)

Vos reliures qui étaient si brillantes il y a deux ou trois ans, sous prétexte de sobriété sans doute, deviennent de plus en plus ternes. Je me souviens des splendides réussites qu’étaient Les Enfants Terribles de Cocteau, La Rage de Vivre de Mezzrov, Pleure, ô Pays bien aimé qui étaient sobres sans être ternes, mais actuellement, la plupart des reliures sont dans un terne effroyable, depuis l’ancien* Fond du Problème*, à la « Saga » de Gösta Berling (si difficile à lire tant les caractères typographiques étaient serrés), jusqu’à la « Sylvie », de Gérard de Nerval. M. P. Feuillée, ad. 67 554 au CFL. Liens no 005 (septembre 1953)

Ces livres deviennent des objets qui participent, depuis les rayons de la bibliothèque, à l’esthétique du domicile En témoignent les annonces publicitaires, comme celle dans Liens n° 246 (novembre 1967) [img_25 — annonces dans liens 246 de bibliothèques pour livres de Club]. . Une partie de leur fonction est de contribuer à un certain portrait de leurs propriétaires En témoigne la mise en scène photographique de la couverture de Club n° 12 (avril 1954) [fig. 4] et celle extraite de Liens n° 145 (mai 1965) [img_26 — couverture du Club no 12, avril 1954] [img_27 — couverture du Liens 145]. : leur bibliothèque doit traduire un parti pris éditorial et formel conforme à leurs attentes, contribuant à rendre visible leur capital intellectuel, social et culturel supposé.

[…] La reliure est impeccable, le bon goût manifesté en général dans la présentation, leurs teintes sobres […], toutes ces qualités déjà exposées – beaucoup mieux – par d’autres abonnés, font des livres du « Club » des ouvrages de valeur qu’on aime à faire admirer à ses amis. […] M. André Mathieu (St-Pol-sur-Mer, Nord), ad. 87 794 au CFL. Liens no 51 (décembre 1951).

[…] Le Club Français du Livre fait mieux, beaucoup mieux, que les entreprises similaires que je connais. On a envie de palper, de lire et de relire vos livres ; on aime à considérer leurs dos dans sa bibliothèque ; on est fier de les posséder. […] Soyez remerciés, et que vos amis, toujours plus nombreux, vous soutiennent et répandent le goût du bon et du beau livre accessible à chacun. […] Mme Stella Deller (Lausanne, Suisse), ab. X au CFL. Liens no 36 (mai 1950)

Comme milieu social, voici ce que ça donne : un lieutenant, un instituteur, un attaché de recherche scientifique, un Capitaine des Affaires Indigènes. […] ces gens ont pris leur décision sur le vu des volumes que je possède — et c’est là que je souligne — malgré qu’ils aient été passablement surpris et parfois choqués par la présentation. Je ne crois pas que ces quatre personnes, socialement et artistiquement évoluées, soient spécialement traditionalistes et vieux jeu. Mais je les ai tous vu tiquer devant la couverture de la Grande peur dans la montagne, écarquiller les yeux devant 42e Parallèle (pourtant bien présenté à mon avis), faire la moue devant Tortilla Flat !

[…] Ce qui m’amène à vous faire une fois de plus l’amicale remarque suivante (je m’excuse d’insister) : pas trop de fantaisie dans les couvertures. Elles n’empêcheront pas, bien entendu, l’achat de vos livres, mais elles créent un sentiment de gêne et d’étonnement. […] Mais il se peut que mes relations et moi-même soyons de bruts réactionnaires insensibles aux nobles manifestations d’un art rénové et hautement instructif. […] Dr Jean Bereni (In Salah, Algérie), ab. au CFL. Liens no 38 (juillet 1950)

[…] Pourtant, je suis heureuse d’avoir aidé à détruire une légende qui prétend que le livre allemand est bien supérieur dans sa présentation au livre français, auquel on reproche ici son papier, ses pages non coupées, sa couverture et ses prix. Ce matin en ouvrant votre colis devant mes collègues, j’ai lu la stupeur sur leurs visages et la réflexion de tous est : « Nous croyions que les livres français étaient tous de mauvaise qualité ! » Mlle Caze (Sarre), ad. 14 408 au CML. Club no 17 (octobre 1954)

L’« esthétique Club » s’est ainsi façonnée, entre traditions bibliophiliques (connaissance précise de l’histoire de l’imprimerie) et expérimentations avant-gardistes. Ce mélange de genre dessine des formes nouvelles auxquelles les adhérent·es semblent s’identifier. Cette recherche est, dans un certain sens, un facteur structurant de l’originalité des Clubs qui dessinent, ainsi, une culture à part entière « […] Dans leurs meilleures réussites, quelques très rares Clubs ont donné au livre contemporain un style original. Cette création s’est marquée d’abord par une recherche de rythmes typographiques nouveaux renouant avec l’esprit des anciens maîtres. Ces efforts se sont conjugués avec l’utilisation hardie des possibilités qu’offrent les techniques modernes de l’impression et de la reliure. Si l’on s’en tient à sa seule présentation matérielle, voici donc comment est né ce que l’on a appelé le livre-objet. […] » Club du Meilleur Livre, « édito » du Club n° 63 (novembre 1958) : pp.16-17. .

… Vingt années passées dans l’imprimerie me permettent d’apprécier plus que d’autres encore l’originalité de la présentation, la recherche de la forme et le soin de l’exécution. Le plaisir de lire une grande œuvre est doublé de pouvoir le faire dans un beau livre, bien imprimé. M. Triquet (Caen), ad. au CFL, Liens no 055 (novembre 1957)

Un livre est un merveilleux ami. Un bon livre, un beau livre : que de plaisir réunis ! Merci au club de réaliser cette esthétique du livre. […] J’apprécie le goût, la juste simplicité et cette originalité de la présentation qui parfois me décontenance un peu à première vue, mais ne me déçoit jamais. Merci d’avoir mis ces plaisirs et cette joie à la portée de beaucoup. […] Mme Ros (Thomery, Seine-et-Marne), ad. au CFL, Liens no 36 (mai 1950)

Clubistes de France

Les clubs ont réussi à créer dans un temps très court de véritables cercles de lecteurs à une échelle nationale À titre d’exemple, le Club Français du Livre comptait, au 1er janvier 1947, 215 membres. Il comptait 14.800 membres au 1er janvier 1948 et 42.400 en 1949 (source : Liens n° 21 (janvier 1949) : p.10). Au 1er janvier 1953, le nombre passe à 175.000 (source : Liens n° 001 (mai 1953) : p.20), puis 215.000 en octobre de la même année (source : Liens n° 008 (décembre 1953)). , « le Club des français qui lisent » Publicité extraite de Liens n° 001 (mai 1953) : p.20. [img_28 — Publicité du Liens 001 page 20] et à relier des groupes isolés et éloignés géographiquement. En accompagnant mensuellement et pendant une vingtaine d’années les « bibliophiles et ceux qui ne savent pas comment l’être » Bernard Gheerbrant, « Un Club », Actualité littéraire no 1 (janvier 1954) : pp. 2-3. , les Clubs modèlent un groupe social et culturel défini par l’encouragement d’un sentiment d’appartenance : « tout français qui lit est un clubman qui s’ignore » ibid. .

  1. le « vrai clubiste » s’abonne avec l’espoir de se constituer un fonds de bibliothèque d’une valeur littéraire éprouvée ;
  2. il s’intéresse donc à des ouvrages consacrés par le temps et la tradition, c’est-à-dire des classiques au sens historique du terme : classiques « classiques » et classiques contemporains plus, à titre d’échantillon, quelques grands classiques policiers ;
  3. le vrai clubiste désire donc que la présentation soit digne du texte qu’elle habille. En cela, il deviendra de plus en plus difficile, éduqué qu’il est grâce à la floraison des Clubs de livres ;
  4. il vit en permanence ce petit drame d’être un bibliophile qui ne peut véritablement satisfaire ses goûts de luxe (sinon il ne serait pas clubiste) ; il lui faudra donc essayer de surmonter ce paradoxe : acquérir des livres de luxe aux prix les plus avantageux possible. D’où la tendance du clubiste, nous dit le docteur Hosotte, à être « polyclubiste », faute de ce meilleur Club du livre qu’est presque le Club du Meilleur Livre. […]

Dr A. Hosotte, ad. 17 947 au CML, Club no 25 (juin 1955)

Observer ce phénomène au travers des échanges qu’ont pu entretenir les différents acteur·ices, c’est l’envisager comme un phénomène social, à l’échelle de celles et ceux qui l’ont vécu. Cela élargit la compréhension l’histoire des Clubs du Livre en France et augmente le savoir relatif au fonctionnement organisationnel Délais de conception et production, contrats avec les maisons d’édition, initiatives des maquettistes, circuit par correspondance, etc. ou au contexte technique et économique de leurs productions. L’implication investie de leurs adhérent·es complète une histoire dont la documentation reste encore fortement fragmentée et parcellaire.